Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 13:41

Kim Hong-do (김홍도, 金弘道), connu aussi sous le pseudonyme Danwon (단원, 檀園), est un peintre de cour représentatif de la fin de la période Joseon (période de l’histoire de la Corée gouvernée par la dynastie Yi qui occupa le trône de 1392 à 1910). Ce peintre est renommé pour ses peintures de paysages, de mœurs, de portraits et de Bouddha. Mais son sujet principal de peinture est la vie quotidienne du peuple où il a représenté différentes scènes : la pêche, le battage des céréales, le tissage, les jeux traditionnels comme le ssireum (씨름) et le jeu du yut (윷놀이), etc. Dans ses tableaux, nous y trouvons des compositions originales, une observation fine de la réalité et un regard bienveillant vis-à-vis de ses contemporains. De plus, la satire humoristique et l’atmosphère coréenne apparaissent très souvent dans ses représentations. 

La lessive (빨래터, 漂母), Kim Hong-do

La lessive (빨래터, 漂母), Kim Hong-do

Cette peinture est divisée en trois parties : à gauche, une femme assise sur une roche avec son enfant tresse ses cheveux. Au centre, trois femmes font la lessive sur le bord de la rivière. À droite, un homme, qui cache son visage derrière un éventail, regarde secrètement les femmes. Ainsi, Kim Hong-do révèle un acte de débauche et se moque de la duplicité de la petite noblesse.

Eclat de rire dans la rue (노상파안, 路上破顔), Kim Hong-do

Eclat de rire dans la rue (노상파안, 路上破顔), Kim Hong-do

Un homme à cheval rencontre une famille par hasard sur un chemin. Il se couvre le visage avec son éventail et fixe les yeux sur la femme qui a un mari et deux enfants. Son regard est cependant concupiscent. L’expression d’érotisme de la vie quotidienne est une caractéristique unique de Kim Hong-do.

d'autres peintures de Danwon
d'autres peintures de Danwon
d'autres peintures de Danwon

d'autres peintures de Danwon

Au milieu des années 1990, le monde de la peinture française a remarqué un peintre coréen méconnu et a entrepris des études sur lui et ses œuvres. Cet artiste Shin Yun-bok (신윤복, 申潤福) qui a adopté le pseudonyme Hyewon (혜원, 蕙園), est le premier peintre érotique de la période Joseon. Si ses peintures attirent l’attention malgré un décalage de 200 ans, c’est parce qu’il représente, sans détour, la société de son époque en mettant une scène intéressante et en utilisant des couleurs vives. De plus, Hyewon montre artistiquement son point de vue positif du sexe et du désir en dépit de la restriction de la liberté d’expression. Alors, en ce temps-là, son érotisme était une graine de l’esprit moderne.

Le jour du Dano (단오풍정, 端午風情), Shin Yun-bok

Le jour du Dano (단오풍정, 端午風情), Shin Yun-bok

Cette peinture décrit une scène de Dano, une fête coréenne qui se tient le 5 du mois de mai lunaire, durant laquelle le peuple prie le ciel pour bénéficier d’une année d’abondance. À cette occasion, les femmes se lavent les cheveux dans une infusion de jonc odorant et font de la balançoire; les hommes, eux, se mesurent au ssireum, la lutte traditionnelle.

Sur cette toile, nous pouvons voir une fille qui fait de la balançoire, des femmes à demi-nues qui se baignent dans l’eau d’une rivière et deux hommes curieux qui les observent secrètement. Enfin, sur le côté droit, les couleurs vives des vêtements des filles (rouge, jaune et bleu) dégagent une gaieté sensuelle qui attire particulièrement le regard.

Rendez-vous secret sous la lune (월야밀회, 月夜密會), Shin Yun-bok

Rendez-vous secret sous la lune (월야밀회, 月夜密會), Shin Yun-bok

Dans la nuit silencieuse, au clair de lune, les deux amants se parlent secrètement d’amour mais une autre femme les épie derrière un mur. Ce tableau stimule notre curiosité et nous fait poser la question :

« Que s’est-il donc passé entre le couple à gauche et la femme à droite dans cette œuvre où seul le peintre de sa cachette semble en être le témoin ? »

Shin Yun-bok, tout comme Kim Hong-do, observe les contradictions de la classe noble, en captant une scène d’amour adultère. À travers l’art, l’artiste tend à révéler et à accuser les désordres de la noblesse. Ainsi, il lie sa représentation de l’érotisme à un message social et aux problèmes entre les classes.

 

d'autres peintures de Hyewon
d'autres peintures de Hyewon
d'autres peintures de Hyewon

d'autres peintures de Hyewon

A l'écran

« Le Jardin du vent (바람의 화원) » est une série historique télévisée coréenne de 2008. Ce drame fictionnalise les vies de Kim Hong-do et de Shin Yun-bok dans le décor de dohwaseo (도화서, 圖畵署 ; l’académie des peintres officiels de la période Joseon de XVIIIe siècle). Ce qui est particulier dans cette fiction historique, c’est que Shin Yun-bok est une femme.

 

  

Par ailleurs, le film « Ivre de femmes et de peinture » sorti en 2002 adapte la vie d’un autre peintre de la période Joseon. Il s’agit de Jang Seung-up (장승업, 張承業) qui a adopté le pseudonyme d’Owon (오원, 吾園)Dès lors, Danwon, Hyewon et Owon, les trois peintres représentatifs de la période Joseon sont désignés par l’expression générale SamwonPour sa part, Owon est aussi considéré comme étant l’un des précurseurs de la peinture moderne coréenne et il est connu pour sa passion dévorante pour l’art lors de la chute tragique de la dynastie Yi.

Bande annonce du film <Ivre de femmes et de peinture>

Partager cet article

Repost 0
Article publié par : Soyoung Kim, Hae-in Lee et Seung-hee Park - dans Patrimoine et Traditions
commenter cet article

Commentaires

Lee Rony 28/05/2016 22:33

Bonjour,

L'érotisme est toujours révélateur d'une société, de ses contradictions autant que du degré de liberté à cette époque, et combien il peut évoluer rapidement. En France les estampes japonaises qui sont connues, et encore, sans que ceux qui en parle en aient vraiment vu. L'art érotique Coréen est, malheureusement, fort mal connu. Il manque un vrai travail de présentation qui le ferait connaître au ''grand'' public.
En l'attendant bravo pour votre article, fort bien documenté et instructif. J'ai, récemment, vu le film ''Ivre de femmes et de peinture'', le hasard fait bien les choses.

Soyoung Kim 03/06/2016 07:21

Bonjour Lee Rony,

D'abord, merci de votre intérêt concernant cet article ! C'est vrai qu'il y a peu de travaux qui font connaître au public l'art érotique Coréen. Mais, mon professeur Rodolphe Meidinger et sa femme Marcela (pour l'illustration) ont publié le livre "La porte des secrets", qui contient des illustrations érotiques coréennes.:)

https://www.amazon.fr/gp/aw/d/B010L6FM8M/ref=mp_s_a_1_fkmr0_2?qid=1464831048&sr=8-2-fkmr0π=AC_SX236_SY340_FMwebp_QL65&keywords=marcela+meidinger#immersive-view_1464831098174

KiM Alicia 19/05/2016 16:36

Bonjour à tous,
D'abord, merci de votre article intéressant.
C'est vrai qu'à l'époque de Joseon, le sujet de l'érotisme faisait polémique et était un sujet sensible à cause du confucianisme.
L'érotisme coréen se caractérise par sa pudeur et sa métaphore à l'opposé de celui des Japonais.
D'ailleurs, on voit bien cette caractéristique à travers les œuvres de Shin Yun-bok comparés à l'´Ukiyô-e´.

En lisant votre article, j'ai remarqué certains points à remettre en question ; Par rapport au titre de votre article, c'est dommage que vous traitiez seulement le domaine de l'Art. Dans les années 1800, il y avait des poèmes en chinois(한시) ou des sijos longs (사설시조/장시조) qui dépeignaient l'érotisme. Ça aurait été mieux de présenter aussi le domaine de la littérature.
Et je doute si Shin Yun-bok était vraiment le pionnier de la peinture érotique de l'époque de Joseon. Est-ce qu'il n'y avait pas des tableaux érotiques qui circulaient en catimini entres les peuples ou les femmes royales avant les peintures de Shin Yun-bok?

En bref, c'est un beau travail. Bravo!

Soyoung Kim 26/05/2016 07:27

Bonjour, Alicia. Merci pour votre grand intérêt concernant notre article.

D'abord, l'érotisme de l'époque Joseon peut se caractériser par sa positivité et sa liberté, tout comme l'Ukiyo-e. (Voyez ici ☞ http://blog.daum.net/toyotaloom/13312791) D'autres peintures de Hyewon dépeignent explicitement des actes sexuels (vous pouvez voir d'autres peintures truculentes de Danwon dans cet article). À cette époque-là, la représentation de l'érotisme était admissible et était bien reçue : il n'y avait aucun enseignement portant un regard négatifs sur l'acte sexuel dans les livres confucianistes.

Concernant votre idée, ça serait en effet intéressant d'écrire sur les œuvres littéraires érotiques des années 1800. Nous essayerons à l'occasion. :)

En fait, nous avons appris que Shin Yun-bok était le précurseur de la peinture érotique de l'époque de Joseon dans un livre sur Hyewon. Il se trouve que dans les peintures antérieures à celles de Hyewon, il n'y a guère de représentations de telles femmes, voluptueuses et aux amours libertines.

En tout cas, nous vous remercions pour vos questions intéressantes !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -